L’État est une figure incontournable de la science politique. Tous les étudiants, qu’ils se destinent aux politiques européennes et internationales ou à l’action territoriale, ont et auront affaire à cet acteur dans leur vie citoyenne et leurs activités professionnelles. Pourtant, on pourrait affirmer, avec un brin de provocation, que l’État n’existe pas. Certes, la scène internationale en compte aujourd’hui 196 (reconnus par l’ONU), mais la généralisation de cette forme d’organisation politique ne signifie pas qu’elle est universelle. Elle ne se rencontre pas en tout temps et en tous lieux. Outre une grande diversité spatiale, l’histoire nous enseigne que le profil étatique est constamment redessiné par les transformations des pratiques souveraines et gouvernementales. De l’« État gendarme » à l’« État stratège », en passant par l’« État providence », les expressions ont proliféré pour désigner cet objet insaisissable.

L’approche socio-historique est une façon de l’appréhender en lui restituant la profondeur historique et l’épaisseur sociologique que son évidence actuelle tend à occulter. Au lieu de le figer dans une définition fonctionnelle ou une catégorie juridique, ce cours se propose d’aborder l’État en acte, incarné dans des hommes et des femmes, matérialisé dans des dispositifs, représenté dans des symboles. À travers des études de cas (historiques et d’actualité) et des textes fondamentaux, il s’agit de fournir aux étudiants des outils conceptuels, des clés de compréhension et des méthodes d’analyse pour interroger cette entité problématique, en s’intéressant à ses manifestations concrètes dans la rue ou au guichet. Qu’est-ce que l’État ? Quelle est sa généalogie et quels sont ses devenirs en Europe ? Un tel questionnement ménage une distanciation critique utile à l’heure où la « modernisation de l’État » et la « réforme de la fonction publique » sont plus que jamais à l’ordre du jour.