« Comparer aide d’abord à connaître et à se connaître : connaître l’autre, bien sûr, en cessant de l’assimiler aux stéréotypes que le sens commun lui a attribués et en cessant de le rejeter, surtout s’il est éloigné, dans les catégories mystérieuses et cependant commodes de l’exotisme. Se connaître soi-même aussi, tant il est vrai que le détour par l’autre permet de mieux cerner ce qui fait notre propre identité de même que l’idée de couleur serait parfaitement inconnue si l’univers était absolument monocolore (…). Comparer permet aussi de comprendre, c’est-à-dire interpréter : interpréte ce que politique veut dire ici ou là, au-delà d’une conception universaliste ou ethnocentrique à laquelle tout chercheur risque de céder ; interpréter telle action ou le fonctionnement de telle institution, ou encore la récurrence de telle pratique, tant il est vrai qu’aucun objet politique ne renvoie à une signification universelle mais d’abord au sens que lui confèrent les acteurs qu’il implique. (…) Comparer conduit aussi à relativiser, à sortir de son lexique politique, de ses théories, de ses déterminismes, de ses présupposés (…) parce que tout concept n’est pas a priori universalisable. (…) Comparer vise enfin à se libérer. Des pesanteurs de l’ethnocentrisme, bien sûr, dont le procès n’est plus à faire ; mais également de celles, plus insidieuses, de l’universel et de l’uniforme » (Badie, Hermet, 2001 : 2-3)

La comparaison est avant tout une démarche analytique. Pour Durkheim (1988, p. 217), « la méthode comparative est la seule qui convienne en sociologie ».

Comparer nécessite donc toujours de construire au préalable un questionnement qui va justifier la comparaison. C’est le chercheur qui définit l’angle de la comparaison et c’est cet angle qui déterminera largement sa pertinence classificatoire.

La comparaison n’est pas une simple juxtaposition de cas différents. Le choix des différents cas étudiés dépend d’abord de l’objectif du chercheur, c’est à dire de la question qu’il se pose et souvent d’une intuition préalable sur l’intérêt de choisir tel ou tel cas.